Oh, Grand-mère !

A quoi pensais-tu grand-mère, le soir du 11 novembre 1918 ?

 

A tes 29 ans fêtés la veille dans la froidure de la solitude ?

A l’Armistice tout neuf qui te rendrait celui à qui tu t’étais promise ? Étais-tu penchée sur la fine broderie d’une robe virginale, rêvant à votre futur mariage ?

 

Je ne sais rien de tes jeunes années. Je t’ai connue à plus de soixante-dix printemps. Lorsque tu m’as quittée, je venais d’avoir dix-sept ans.

 

Étais-tu une jeune fille rieuse et rêveuse ? Une solitaire perdue dans la couture des robes de fête ? Ou déjà femme de tête, prête à affronter les bourrasques de la vie ?

 

Je ferme les yeux et me souviens de tes doigts agiles sur l’ouvrage, de tes yeux sombres qu’une étincelle de sourire illuminait parfois.

 

Dans ma mémoire, flotte encore le parfum que tu réservais aux dimanches. Je nous revois dans le jardin au milieu des fleurs. Tu me racontais lupins, corbeilles d’or, marguerites et roses... Ah les roses ! Me revoilà revenue aux fragrances de l’enfance. La comtoise marquait le rythme de ta maison ; ton jardin, le rythme des saisons.

 

L’automne fut ta dernière saison. Ton ultime soupir fut pour dire " j’arrive" à celui que tu avais aimé.

 

 

Il est trop tard pour que je puisse mieux te connaitre. Ce soir, grand-mère, ta dernière petite-fille brode ton histoire sur le fil tendu de tes mains aux miennes.

 

Kristine Lillouarn

 

11 novembre 2016

tous droits réservés

Écrire commentaire

Commentaires: 0